slide sud corner je suis charlie

Que s'est-il passé cette semaine ? Comment en est-on arrivé là ?... La gorge nouée comme la plupart d'entre vous, j'ai voulu me souvenir ce qu'avait fait Charlie Hebdo pour moi, prendre du recul en ces tristes jours...Je me suis replongée aussi dans mes souvenirs, ces petits moments de joie, de réflexion, de découvertes qui ont modelé mon appréhension du monde, ces moments où Charlie était à mes côtés.

05 juillet 1994, j'ai le bac en poche avec l'envie de découvrir le monde que je ne côtoie qu'au travers des livres que je dévore, je rentre à l'université en section de Géographie. Je fais la connaissance de copains de fac qui ne viennent pas de mon milieu. Ils sont fils de profs, de cadres, de chercheurs. Ils lisent des journaux alors que je n'ose même pas en acheter. Les seuls que j'ai eu en ma "possession" jusque-là sont les polycopies des articles du Monde que l'on distribue en Histoire-Géo au collège et au lycée, et le Midi Libre de mes grands parents.

A la fac, tous mes potes sont des illuminés. Ils ont des rêves plein les yeux, alors que j'y vois juste une porte pour m'en sortir. Un soir de révision, chez l'un d'entre eux, je découvre Charlie Hebdo. Je prends une grosse claque. Une sacrée bouffée d'air frais. Et je ris. J'hallucine aussi devant les dessins crus et l'humour noir. J'ai l'impression de ne plus être seule. Je lirai Charlie toutes les semaines jusqu'en octobre 2000.

08 Février 2006, les parutions des caricatures du prophète, et Charlie Hebdo est menacé. Cela fait maintenant 6 ans que je ne lis plus Charlie. Mais en ces moments d'indignation, je ne comprends pas que l'on puisse s'en prendre à des humoristes pour leurs dessins. Et puis, on est libre de penser, non ? Je n'achète pas Charlie, j'ai une carrière à mener, un bébé à élever. Je ne vois pas le temps passer.

07 janvier 2015, c'est un trou noir. Je ne parviens pas à émerger. Je suis choquée. Je n'ai jamais crû l'espace d'une seconde, que l'on pouvait commettre une tragédie dans un journal. Je suis comme Dorothée qui cherche en vain ses chaussettes. Je viens de comprendre que je devenais orpheline.

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